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Décret 2025-660 : ce que l’expertise conventionnelle change pour vos dossiers immobiliers

Le décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025 a ouvert aux avocats la possibilité de désigner directement un expert de justice par convention, sans passer par le juge des référés. Nous vous détaillons cette nouvelle procédure : plus simple, plus rapide et moins onéreuse, avec un rapport d’expertise qui garde la même force probante qu’une expertise judiciairement ordonnée.

Un cadre procédural nouveau, un livrable identique

Le décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025, portant réforme de l’instruction conventionnelle et recodification des modes amiables de résolution des différends (MARD), constitue une réforme majeure du droit processuel civil français. Entré en vigueur le 1er septembre 2025, ce texte opère un véritable renversement de perspective : l’instruction conventionnelle des affaires civiles devient le principe, la mise en état par le juge l’exception. Le juge n’intervient plus qu’en cas d’échec ou d’absence de coopération.

Les avocats sont au cœur du dispositif. Ce sont eux qui organisent l’instruction, choisissent les modalités de la convention d’expertise et désignent l’expert selon sa compétence et sa proposition tarifaire.

Lorsque la convention de désignation est conclue entre avocats, le rapport d’expertise conventionnelle a la même valeur qu’un avis rendu dans le cadre d’une mesure d’instruction judiciairement ordonnée (article 131-8 CPC). Le juge du fond peut s’appuyer dessus dans les mêmes conditions qu’un rapport d’expertise judiciaire classique, rédigé dans le respect du contradictoire, avec un pré-rapport soumis aux observations des parties, des réponses aux dires, et un rapport définitif conforme aux normes de la Charte de l’expertise et des European Valuation Standards. Le livrable est strictement identique à celui d’une expertise judiciaire.

Que faire si l’expertise conventionnelle se passe mal ? Désormais, un juge d’appui (article 131-7 du CPC) est compétent pour résoudre les difficultés liées à la désignation de l’expert, à son maintien ou à l’exécution de sa mission. Plus besoin de repartir de zéro en cas de blocage.

Un gain de temps immédiat : là où l’expertise judiciaire exige une audience de référé, une ordonnance, une consignation et plusieurs mois d’attente, l’expertise conventionnelle démarre dès la signature de la convention. Pour vos clients, cela signifie des mois gagnés sur le calendrier procédural.

Le gain de temps, en pratique

Un référé-expertise classique (article 145 CPC) implique en moyenne 3 à 5 mois entre le dépôt de la requête et le début effectif des opérations d’expertise. L’expertise conventionnelle supprime intégralement ce délai. De surcroît, les affaires instruites conventionnellement bénéficient d’un audiencement prioritaire au tribunal. Le tribunal communique une date de plaidoiries au fond dès réception de la convention de procédure participative. Le gain de temps se cumule en amont et en aval.

Expertise conventionnelle vs expertise judiciaire : le comparatif

Pour y voir clair, voici un comparatif synthétique des deux voies :

Critère Expertise judiciaire (art. 145) Expertise conventionnelle (art. 131 et s.)
Désignation Par le juge (ordonnance de référé) Par les parties (convention)
Délai de mise en œuvre Plusieurs mois (audience + ordonnance) Immédiat dès signature
Choix de l’expert Sur les listes judiciaires Libre choix des parties (de préférence un expert judiciaire)
Mission Définie par le juge Définie par les parties
Rémunération Consignation fixée par le juge Librement convenue
Recours en cas de difficulté Juge du contrôle (art. 155 et s.) Juge d’appui (art. 131-7)
Valeur du rapport Expertise judiciaire Même valeur (art. 131-8 CPC) lorsque convention entre avocats
Audiencement Pas de priorité Prioritaire
Rôle conciliatoire de l’expert Interdit (art. 240 CPC) Autorisé : l’expert peut aider à concilier les parties
Appréciation juridique Implicitement exclue Explicitement rappelé (art. 131-2 CPC) : l’expert ne peut porter d’appréciation juridique
Point de vigilance pour les avocats

L’expertise conventionnelle n’interrompt pas la forclusion. Seule l’assignation interrompt la forclusion. C’est un point crucial à anticiper dans votre stratégie procédurale.

Les dossiers où l’expertise conventionnelle vous fait gagner du temps

L’expertise conventionnelle en évaluation immobilière trouve son utilité la plus immédiate dans les contentieux où la question de la valeur est centrale et où la longueur de la procédure pénalise directement vos clients.

Successions et partageDésaccord entre héritiers sur la valeur d’un bien. L’expertise conventionnelle permet de fixer la valeur vénale sans attendre le référé, alors que l’indivision s’éternise et que le bien se dégrade.

Sortie d’indivision et liquidations patrimonialesPatrimoine immobilier contesté dans le cadre d’une séparation. Chaque mois de procédure supplémentaire alourdit les frais et retarde la liquidation du régime matrimonial.

Troubles de jouissanceChiffrage de la perte de valeur subie par un propriétaire. L’expertise conventionnelle permet d’objectiver le préjudice rapidement et de nourrir la demande indemnitaire dès l’assignation.

Déplafonnement de loyerDétermination de la valeur locative dans le cadre du renouvellement d’un bail commercial. Le rapport contradictoire est indispensable pour fonder la demande devant le juge des loyers.

Indemnité d’évictionÉvaluation du préjudice subi par le preneur évincé. L’expertise conventionnelle fournit un chiffrage solide et opposable, accélérant la négociation ou le jugement au fond.

Expropriation et préemptionContre-évaluation face à l’État ou à la collectivité. Le rapport d’expertise conventionnelle constitue un élément de preuve technique déterminant.

Dans chacune de ces situations, le rapport produit est strictement identique à celui d’une expertise judiciaire : mêmes méthodes d’évaluation, même contradictoire, même structure de rapport, même force probante.

Le déroulement concret de la mission

L’expertise conventionnelle suit un processus structuré, calqué sur les exigences de l’expertise judiciaire :

Phase Description Garantie procédurale
Convention Les avocats signent la convention de désignation, définissent la mission et les conditions financières. Conforme aux articles 131 à 131-8 CPC
Lancement Communication d’un mode d’échange aux parties, collecte des pièces, organisation de la réunion d’expertise. Contradictoire dès le premier acte
Visite Visite contradictoire du bien, mesurage, relevé photographique (y compris drone), relevé des éléments favorables et défavorables. Parties convoquées et entendues
Analyse Consultation urbanisme, étude environnementale, étude de marché, mise en œuvre des méthodes d’évaluation. Conformité Charte de l’expertise et EVS TEGoVA
Pré-rapport Rédaction et communication du pré-rapport aux parties. Délai pour formuler les dires. Contradictoire renforcé
Rapport Réponse aux dires. Rédaction et remise du rapport définitif d’expertise. Même valeur qu’une expertise judiciaire (art. 131-8)

La faculté de concilier les parties

Le décret a abrogé l’article 240 du CPC qui interdisait au technicien de concilier les parties. Désormais, l’expert peut, avec l’accord des parties, tenter de les rapprocher au cours de ses opérations. Cette faculté est particulièrement pertinente dans les contentieux familiaux et successoraux, où un accord sur la valeur du bien peut suffire à débloquer l’ensemble du dossier.

Si les parties parviennent à un accord, celui-ci peut faire l’objet d’une homologation judiciaire (article 1541-1 CPC), lui conférant force exécutoire. L’expertise conventionnelle peut ainsi résoudre le litige sans qu’il soit nécessaire d’aller au jugement.

Notre proposition : une convention d’expertise prête à l’emploi

Pour accompagner la mise en œuvre de ce nouveau dispositif, notre cabinet met à disposition des avocats une convention d’expertise conventionnelle conforme aux articles 131 à 131-8 du CPC. Ce document, directement exploitable, couvre l’ensemble des points requis par le décret :

  • Désignation de l’expert — identité, qualifications, inscriptions sur les listes judiciaires, certifications
  • Définition de la mission — objet de l’évaluation (valeur vénale, valeur locative), description du bien, méthodes applicables
  • Modalités du contradictoire — mode de communication, organisation des réunions, délais de communication des pièces, pré-rapport, délai de réponse aux dires
  • Clause conciliatoire facultative — autorisation ou non de l’expert à tenter de concilier les parties
  • Conditions financières — rémunération de l’expert, répartition des frais, modalités de règlement
  • Juge d’appui — identification du juge compétent en cas de difficulté (article 131-3 CPC)
  • Délais, extinction et confidentialité — délai de dépôt du rapport, causes de révocation, régime de confidentialité des échanges

Cette convention-type est adaptable à chaque dossier. Nous sommes à la disposition des avocats pour l’ajuster aux spécificités de l’affaire et pour échanger sur les modalités pratiques de mise en œuvre.

Demandez notre convention d’expertise conventionnelle

Avocats : contactez-nous pour recevoir notre modèle de convention conforme aux articles 131 à 131-8 du CPC et échanger sur vos dossiers en Loire-Atlantique et Vendée.

02.40.82.56.35www.expertise-immobiliere-guilbaud.fr

Sources et références

Textes législatifs et réglementaires

  • Décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025 (Légifrance)
  • Articles 127, 131 à 131-8 du CPC
  • Circulaire d’application, Ministère de la Justice

Normes professionnelles et jurisprudence

  • Charte de l’Expertise, 6e éd. (nov. 2025)
  • TEGoVA — EVS 2025, 10e édition
  • Cass., 8 janvier 2026 (force probante expertise conventionnelle)
RG

Romuald Guilbaud

Expert Immobilier – Certification REV TEGoVA · Expert Judiciaire

Expert judiciaire près la Cour d’Appel de Rennes et le Tribunal Judiciaire de Saint-Nazaire. Rubriques C.18.1 — Valeur vénale / C.18.2 — Valeur locative. Certifié CEIF-FNAIM et TEGoVA.

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